Éoliennes du Vilpion : 12 ans de bataille judiciaire

 L'Union 10 décembre 2017

Le projet de parc éolien du Vilpion a une nouvelle fois été retoqué par le tribunal administratif d’Amiens. Ses supporters ont fait appel. Une étape parmi d’autres dans un long affrontement judiciaire. Rétrospective.
Par Jade Lemaire
 
Il y aura bien un parc éolien sur les communes de Saint-Gobert, Voharies, Lugny et Houry. Le fabricant Nordex et l’exploitant Quadran l’assurent, L’Union est même invitée à son inauguration. Seulement voilà, nous sommes en 2017, le projet date de 2005, et il n’y a pas l’ombre d’une pale à l’horizon.

« En moyenne, un parc éolien met huit ans pour sortir de terre. Avec un recours, c’est au moins cinq ans de plus, explique Enrico Tommasel, responsable du projet chez Nordex. Ce projet est tombé dans un espace temporel compliqué. À l’origine, il était pensé avec la communauté de communes de la Thiérache du centre dans le cadre d’une zone de développement éolien, mais elles ont été supprimées en 2013. De même, jusqu’en 2011, le permis de construire suffisait, puis il a fallu y ajouter une autorisation d’exploiter. Aujourd’hui, les deux sont regroupés.... »


Dès 2005, la communauté de communes est en effet encline à accueillir ce parc de six éoliennes, haute de 150 mètres. Après consultation des conseils municipaux, des études environnementales, acoustiques, paysagères et de retour en vent permettent d’obtenir les permis de construire de la part du préfet de Picardie en 2012, alors que le préfet de l’Aisne les avait refusés une première fois. (....)


C’est en découvrant ces panneaux au détour d’un chemin que Guy Froissart, habitant de Saint-Gobert, décide d’y opposer un recours. Celui qui est devenu depuis président de l’association anti-éolienne La Thiérache à contrevent est originaire d’Hénin-Beaumont. Il a fait carrière en région parisienne avant d’acheter une résidence secondaire à Saint-Gobert. Depuis sa retraite, il y habite à temps plein. « Il me font rire en parlant de protection de l’environnement. L’environnement, c’est ce qu’on voit autour de nous, le paysage. Je suis venu en Thiérache pour ça. Et maintenant, on vient me déranger avec des verrues... Tout ce qu’il reste dans cette région, c’est son attrait touristique. Les projets de parcs sont nombreux. Si elle devient une usine éolienne, alors plus personne ne voudra la visiter. Ils sacrifient un territoire », lâche-t-il, amer.

Pas sûr : les promoteurs avancent 21 millions d’euros investis dans les entreprises axonaises pour financer le chantier du Vilpion et 156 000 euros de retombées fiscales annuelles pour les communes, la communauté de communes, le département et la région.

Qu’importe, selon Guy Froissart, leur démarche n’est pas claire. Il reproche au maire de Saint-Gobert d’être intéressé par le projet, lui qui possède une parcelle sur laquelle devrait être implantée une éolienne. Ce dernier s’en défend : « Certes, au début j’étais favorable au projet et j’ai demandé au conseil municipal de prendre une délibération en ce sens. Mais à cette époque, je n’étais pas concerné. C’est parce que le projet a été décalé pour protéger l’église de Prisces qu’une éolienne s’est retrouvée chez moi. À partir de là, je n’ai plus participé aux délibérations », assure-t-il.

Faux problème, l’impact paysager ?
En effet, le projet se situe à proximité de nombreux éléments de patrimoine : églises, châteaux... autant de bâtiments que Guy Froissart cherche à protéger, en commandant notamment des contre-photomontages, qui suggèrent un impact plus fort que ceux des promoteurs. Mais eux se fient aux décisions du tribunal administratif : « La justice reconnaît la solidité de notre projet sur le fond : paysage, nuisances sonores, environnement... le problème vient de la forme du dossier : l’avis de l’autorité environnementale, la consultation du public... », rappelle Sylvain Maes, responsable du projet chez Quadran.

Il précise que le projet a évolué au gré des améliorations technologiques de ces dernières années : « Les éoliennes seront dotées de peignes acoustiques, des embouts que l’on met au bout des pales et qui s’inspirent des plumes situées à l’extrémité des ailes des rapaces nocturnes comme la chouette. Cela réduit encore de quelques décibels le bruit généré. De plus, l’une d’entre elles cessera de fonctionner en période d’activité des chauve-souris, ce qui engendre une perte de production estimée à moins de 1 %. »

La plantation de haies pour filtrer les vues sur le parc et le démantèlement complet du parc au bout de vingt ans sont aussi au programme. « Nous avons démonté une éolienne à La Chaussée-sur-Marne il y a peu. Tout le béton est concassé, et le métal recyclé. Le terrain revient à son état d’origine », détaille-t-il. Le parc éolien du Vilpion n’y est pas encore. Loin de là.


 Jade Lemaire


Les faits :
• 3 avril 2012 : 7 ans après la naissance du projet, des permis de construire sont délivrés par le préfet de Picardie.

• 6 novembre 2014 : l’autorisation d’exploiter est délivrée par le préfet de Picardie.

• 12 octobre 2015 : après recours de La Thiérache à contrevent, les permis de construire sont annulés par le tribunal administratif d’Amiens. Motif : ils n’ont pas fait l’objet d’une consultation du public. Le promoteur a fait appel de la décision, l’affaire est pendante à la cour d’appel administrative de Douai.

• 6 janvier 2017 : des permis de construire modificatifs sont accordés par le préfet de l’Aisne. Ils ont été attaqués par La Thiérache à contrevent, l’affaire est pendante au tribunal administratif d’Amiens.

• 7 novembre 2017 : toujours après recours de l’association, le tribunal administratif annule l’autorisation d’exploiter. Deux motifs : l’irrégularité de l’autorité environnementale, car celle-ci n’est autre que le préfet de Picardie, qui a signé l’autorisation (il ne peut être juge et partie) et la faiblesse du montage financier du promoteur, qui évoque 20 % de fonds propres et 80 % d’apport bancaire. Le promoteur a décidé de faire appel.

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