Et si l’éolien n’était que du vent ?…


le 8 décembre 2009 18H26 | par Jacques Attali

L’impérieuse nécessité de la  réduction des émissions des gaz à effet de serre   conduit parfois à des politiques absurdes, résultats de la précipitation d’hommes  politiques, (pour qui l’écologie représente d’abord  des voix),  et de l’avidité d’entreprises, (pour qui le « vert » représente surtout des profits). 
Ainsi du développement des éoliennes, considérées  aujourd’hui comme une source incontournable  d’énergies renouvelables, au même titre que le solaire.
 Sans parler de leur dimension esthétique, ni de leur pollution sonore, que  chacun peut apprécier à sa guise,  leur utilité, dans une politique   de croissance durable, est hautement problématique.
Ces grandes machines  sont déployées aujourd’hui à très grande vitesse,  partout dans le monde, du Texas à la Chine,  à l’image de l’Allemagne, qui dispose aujourd’hui du  plus grand parc éolien du monde,  représentant une puissance de   25.000 MW.   D’autres pays  ambitionnent des niveaux équivalents :   le Royaume Uni  projette d’installer  une puissance éolienne de  33.000 MW ; les  Pays-Bas   parlent de  6.000, seulement  en off-shore ; et la France veut atteindre en dix ans la même puissance que  l’Allemagne.
 Ces objectifs, en apparence considérables,  sont en fait   dérisoires : En Allemagne, toutes ces éoliennes, saturant le territoire,    représentent à peine 5% de la consommation de l’électricité du pays,  contre 25% pour le nucléaire, qui ne disparaitra pas.  En France, où   à peine un huitième de cette puissance  est installée,  il faudrait construire  1400 éoliennes chaque année  pour satisfaire la seule augmentation annuelle de la consommation électrique ;    et   plus de 2.100  pour produire autant   qu’une  seule centrale nucléaire.
De plus,   c’est une énergie très incertaine, qui ne peut  être produite qu’à des moments improbables,  quand il y a du vent (et pas n’importe lequel)   et donc pas lors d’anticyclone. Au total, une éolienne ne produit annuellement que l’équivalent de 2000 heures de sa puissance maximale. Aussi, l’énergie éolienne ne se développe que  si est mise en place    une gestion  très  fine des prévisions météorologiques, avec des investissements importants,   pour intégrer cette multitude de productions locales dans les réseaux. Cela exige   d’énormes subventions, (qui, en France,  portent le taux de  rentabilité     sur fonds propre  à 22% en moyenne et  même à 40% sur les sites les plus  venteux)  et l’abandon de bien des  contrôles.
 Au total, c’est    donc une énergie  très envahissante, attirant toutes les cupidités. Si l’Allemagne a atteint les limites de ce que son territoire peut supporter, la France est partie dans le même délire :   alors que la loi Montagne et la loi Littoral  contrôlent  très  rigoureusement la construction d’immeubles et d’usines, les autorités  régionales développent les éoliennes sans pratiquement aucun contrôle   : deux permis de construire ont même  été accordés à moins de 20 km du Mont Saint‐Michel. Et les éoliennes off shore se développent aussi  sans aucun contrôle  de leurs impacts  sur le tissu littoral.
Le moment est venu au moins d’une pause, pour en mesurer toutes les dimensions, avant que le vent n’emporte nos illusions.
 
j@attali.com

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