De l’énergie contre des éoliennes Courrier Picard 21/02/2015

Une consultation participative est organisée aujourd’hui à la mairie de Bayonvillers (Somme) pour voter, pour ou contre, un projet éolien. L’initiative pourrait prospérer.


Une installation d’éoliennes voici quinze jours, près de Villers-les-Roye (Somme)Photo Dominique TOUCHART .
   Une initiative sans valeur juridique pour brasser du vent, c’est le sentiment des promoteurs d’éoliennes. Un référendum local pour mobiliser et peser sur une future enquête publique, c’est la volonté des opposants. Cette consultation participative à Bayonvillers, village de 365 habitants près de Montdidier, ce dimanche, arrive, pur hasard, quelques jours après l’initiative de la ministre Ségolène Royal qui a installé le 19 février « la commission spécialisée sur la démocratisation du dialogue environnemental ». Plus de concertation et de transparence affichées dans un contexte où des politiciens s’interrogent de plus en plus sur le bien-fondé écologique des éoliennes.
Par la question «  sommes-nous enfumés par les éoliennes géantes ?  », le sénateur d’Indre-et-Loire, Jean Germain, livre un réquisitoire sur «  l’aberration des éoliennes  » où «  l’opacité est reine  ». «  L’arrivée massive de subventions, à travers un tarif de rachat obligatoire financé par les factures d’électricité, a conduit à évacuer la réflexion sur la pertinence de l’implantation des éoliennes, constate le parlementaire. Une forme de productivisme est devenue une fin en soi. Cette démarche est défendue par des lobbystes haut de gamme qui cajolent les pouvoirs publics  ».
C’est avec le sentiment d’être délaissée et isolée «  face aux pressions du promoteur  » que
France David a proposé une consultation participative sur le projet de quatre éoliennes porté sur son territoire par Écotera Lille. «  Je me suis fait rire au nez par le promoteur. Mes questions auprès des services de l’État n’ont reçu aucune réponse  », regrette France David, première femme élue maire en mars 2014 à Bayonvillers et premier maire étranger au monde agricole. «  J’étais à peine élue quand la société est venue me présenter son dossier bouclé. Elle avait déjà la réserve foncière de trois agriculteurs de Wiencourt-L’Équipée  », précise-t-elle. La rente par éolienne pour un propriétaire terrien-exploitant agricole serait de 10 000 € par an. Les quatre éoliennes seraient implantées le long de l’autoroute A 29, à 750 mètres des premières habitations de Bayonvillers. La réunion publique du 6 février a provoqué des débats houleux entre opposants et promoteur. «  Nous travaillons depuis plus d’un an en toute transparence avec la commune de Bayonvillers, comme avec celles de Marcelcave, Wiencourt et Lamotte-Warfusée. On a régulièrement rencontré les élus depuis janvier 2014, répond Antoine Brebion, président d’Écotera développement. Nous émettons certaines réserves quant à la légalité de la « consultation » initiée par la commune. La population aura un mois pour se prononcer lors de l’enquête publique, sur la base des études d’impacts des experts acousticiens, paysagistes et écologues, et dont le contenu est examiné par les services de l’État  ».



Deux cent vingt habitants de Bayonvillers sont susceptibles de voter aujourd’hui. «  C’est une démarche très saine et citoyenne  », observe de près Ludovic Kusnierak, membre d’un collectif contre le projet éolien. «  Les habitants ont les cartes en main. On va enclencher un combat contre un lobby, prévient-il. Dans le Santerre, on a déjà été échaudés par le projet de 3e aéroport  ». Une association d’opposants devrait naître dès ce soir. Des conflits sur d’autres projets éoliens existent en Picardie : à Moreuil, Davenescourt et Contoire-Hamel dans la Somme. L’association « Vent debout » a introduit une action devant le tribunal administratif. Dans le Vermandois à Attilly (Aisne), un projet éolien sur des terres de la famille de l’ex-maire Pierre Vassant, suscite une vive opposition. «  On s’est rendus lundi à la sous-préfecture de St-Quentin. Il n’y a pas de dossier déposé pour l’instant, relate l’actuel maire Jean-Paul Bruet. Dès le conseil municipal de mars, je proposerai aussi une consultation de la population. Si le préfet de région décide au final, l’hostilité des habitants dans une enquête publique ne peut pas être ignorée  ». Le nord immédiat de Saint-Quentin est déjà mité par une quarantaine d’éoliennes. L’une d’elles coiffe même la Basilique, par une fâcheuse perspective, en venant de l’Est de la ville. Les éoliennes près de Lehaucourt ont été installées en 2007. Des habitants ne semblent pas s’en plaindre. Leur maire, Raymond Froment, l’avoue tout de même : «  il y en a assez maintenant  ».
NICOLAS TOTET

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